L comme .....

Rouah

La langue sacrée

Sur un forum Le 16 février 2001, GR, du Québec,  s'exprime dans le texte ci-contre.

Premier stéréotype

La langue latine est la seule capable de préserver la pureté du dogme Étant une langue morte (elle ne subit plus d'évolution), elle a toujours mieux garder l'expression du dogme catholique

A lire GR,

La langue latine est la seule capable de préserver la pureté du dogme. Étant une langue morte (elle ne subit plus d'évolution), elle a toujours mieux garder l'expression du dogme catholique. Le plus gros hic avec la messe de Paul VI, c'est qu'elle et protestante...elle dénature le sens réel de la messe (elle est une sorte de banquet où Jésus vient par une présence spirituelle). Soyons logique de grâce ! Un catholique croit en la présence sacramentelle du Christ, un protestant lui ni croit pas. Alors comment les deux peuvent-ils se servir du même rite?
Franchement...J'en ai marre qu'on me dise que c'est normal, nous avons tous le même Dieu...Je suis catholique et je ne crois pas à la doctrine protestante...pas plus que les protestants ne croient à la doctrine catholique (en fait ils ont horreur de la messe dite "tridentine").
Au nom de quoi devrai-je abandonner ma foi? Si la clique à Montini et Wojtyla l'a fait, moi je me lève et lui dit: "Tu enseignes un autre évangile soit donc anathème"

1. Ne sont donc pas catholiques romains les chrétiens maronites du Liban qui s'expriment  depuis toujours en arabe (langue vernaculaire) et nomme D. "Allah"  (Le Très Haut).

2. Ne sont pas en pleine communion romaine, les Eglises Uniates qui s'expriment en grec.

3. Ne sont pas en pleine communion romaine les églises assyriennes qui s'expriment en araméen.

4. Enfin, les églises orthodoxes grecques s'expriment en grec et les russes en slavon, dont J. Ratzinguer a exprimé dans Dominus Jesus que la seule différence dogmatique notable était leur regrettable refus de la primauté romaine, ne sont donc pas "orthodoxes", c'est à dire "de l'enseignement droit".

la "langue sacrée"

Toutefois, GR pose au raz des pâquerettes la question de la langue sacrée".

Cette question traverse l'ensemble des religions (chrétiennes et non chrétiennes) Elle tient au mythe de la langue dans laquelle D. exprime sa Révélation.

On retrouve ce conflit dans pratiquement toutes les religions. Par exemple :

De nombreux débats eurent lieu lors de la reconstitution de l'Hébreu comme langue vivante au début du 20ème siècle, qui aboutit à une modification des poids affectifs respectifs du Yiddish et de l'Hébreu. L'hébreu était une langue morte, réservée à l'office dans le Temple et dans le synagogues. Le peuple de Palestine s'exprimait en araméen (langue qui se construisit lors de l'exil à Babylone) et dans cette langue s'exprimaient les commentaires comme en témoignent les Targum. En Espagne et, plus tard, en Turqie et dans le Maghreb, on s'exprimait en judéo-espagnol, en judéo-arabe dans la vie courante tandis que l'Europe Centrale parlait le Yiddish.

En Islam, on considère dans les milieux traditionnalistes qu'il est impossible de lire le Coran dans une autre langue que l'Arabe et donc de le traduire. D'où l'institution du taleb (au pluriel : taliban) chargé d'aider à lire l'arabe dans les pays musulmans non arabes.

La christianisation de la Russie au 10ème siècle et l'intoduction du slavon au nombre des "langues sacrées" à côté du grec et de l'hébreu, ne se fit pas sans discussions.

Toutefois, si l'on en reste au langues ayant porté une révélation, ne devrient être considérées comme sacrées, avec bien des réserves sur ce mot, que le sanskrit, l'hébreu et l'arabe.

Disons immédiatement que, pour le christianisme,  le latin est disqualifié d'entrée, malgré la Vulgate. Pauvre en mots pour l'expression philosophique, c'est une langue de juristes et de commerçants. Au contraire, le Grec propose un riche vocabulaire philosophique. C'est en grec qu'est rédigé le Nouveau Testament. Aussi, le latin liturgique n'est il que le reflet de la domination de l'Empire Romain d'Occident puis de la réaction tridentine.

Mais le rôle de la "langue sacrée", une langue morte qui n'est pas comprise par le peuple, conduit à la nécessité d'une classe intermédiaire qui  "interprète" pour le peuple et, de ce fait, acquiert sur lui un pouvoir. Luther traduisant la Bible en allemand (et d'une certaine manière se faisant le créateur de l'allemand moderne) souligne cet aspect.

Doit-on comprendre dans l'attachement au latin de certains catholiques traditionnalistes que l'office est plus beau quand on ne le comprend pas ? La messe serait-elle plus réelle dotée d'une langue magique ?

Le plus gros hic avec la messe de Paul VI, c'est qu'elle et protestante...elle dénature le sens réel de la messe (elle est une sorte de banquet où Jésus vient par une présence spirituelle)

Deuxième stéréotype

J'ai déjà souligné dans "Diablogue" combien l'interlocuteur montrait par cette reflexion qu'il  ne savait ni ce qu'était une messe de rite Paul VI et n'avait participé à aucun culte protestant. On comprend combien dans l'esprit de l'interlocuteur "protestant" était synonyme de "diabolique". Ici, la langue nationale devient "protestante" alors que je la croyais "vernaculaire" et de ce fait "dénature" le sens de l'office.

Aux dires de notre interlocuteur, La langue va jusqu'à modifier le sens de la doctrine concernant les divers éléments de la messe.

Elle dénature le sens réel de la messe (elle est une sorte de banquet où Jésus vient par une présence spirituelle)

Outre la diabolisation du chrétien Autre, on comprend dans le discours de GR combien la langue est dotée d'un pouvoir magique, allant jusqu'à modifier la croyance du fidèle en ce qui concerne ce qui se passe dans l'office.

La doctrine romaine considère que ce qui se passe à la messe tient au Christ : le prêtre officiant agit "in persona Christi". Nulle part la langue utilisée n'est supposée avoir un effet "performatif". Aussi, je peux affirmer sans grand risque que transférant du Christ à la langue l'effet performatif des paroles sacramentelles, GR professe une hérésie nouvelle et passablement païenne. :-)

Franchement...J'en ai marre qu'on me dise que c'est normal, nous avons tous le même Dieu...

Hérésie(s) ?

Ah, bon ? Les catholiques traditionnalistes n'auraient pas le même D. que les catholiques Vatican II ? Ou dois-je comprendre que les catholiques n'auraient pas le même D. que les protestants ? En conséquence, il y en aurait plusieurs ?

Dans le premier cas, il s'agit de polythéisme.. qui n'est pas très catholique et dans le deuxième, d'hénothéisme : on est conscient que plusieurs dieux existent mais un seul est vrais, le tutélaire de sa propre nation, tandis que les autres sont faux ; la preuve en est qu'il est plus fort que le dieu des autres quand il nous accorde la victoire sur les champs de batailles. En ce qui concerne le christianisme, la guerre des dieux est passée de mode, elle enfreint le premier commandement

Je suis l'Eternel ton Dieu et tu n'auras pas d'autre Dieu devant ma face
Exode 20-4

la haine ordinaire

(en fait ils ont horreur de la messe dite "tridentine")

"il" prend la valeur "les protestants" dont on comprend combien ce sont des barbares. Corrigeons donc cette impression première. Certains la pratiquent, d'autres sont des esthètes et en apprécient la musique même si la mise en scène ne leur semble pas propice au recueillement. Surtout, souvenons nous que l'auteur de la Messe en SI, qui fit plus pour le christianisme que bien des théologiens et dont la musique est la seule preuve convaincante de "l'existence" de D. était un protestant : Jean Sebastien BACH !

Je suis catholique et je ne crois pas à la doctrine protestante...pas plus que les protestants ne croient à la doctrine catholique (...) Au nom de quoi devrai-je abandonner ma foi? Si la clique à Montini et Wojtyla l'a fait, moi je me lève et lui dit: "Tu enseignes un autre évangile soit donc anathème"

Ici, observons le cumul de deux erreurs de perspectives : En quoi la modification des habitudes liturgiques entraînerait-elle une modification de la doctrine ? En quoi le changement d'habitus liturgique aurait-il le pouvoir de faire changer ce à quoi adhère notre interlocuteur ? Notre interlocuteur croît-il que la messe en latin fut de tout temps l'ordinaire du chrétien ?

Au début du mouvement chrétien, l'asemblée dominicale avait lieu sur la place publique. Quand, en Palestine, l'assemblée se réunit dans un local, celui-ci est, le plus souvent une maison synagogue. Il n'y avait pas d'ordre cultuel. Ce n'était ni un office religieux ni une liturgie. Le terme d'homélie n'apparaît qu'au 3ème siècle C.E.. La liturgie chrétienne des premiers temps se constitue à mesure que les pharisiens créent un rituel synagogal. La deuxième erreur, déjà évoquée, serait de croire que l'opposition entre catholiques et protestants se résumerait à une question de doctrine.

Enfin, observons que la tendance catholique représentée par GR est sédévacantiste. Toutefois, les raisons de ce sedévacantisme "Tu enseignes un autre évangile soit donc anathème", sont fallacieuses. Rien dans l'évangile ne prescrit la moindre disposition liturgique.

Fascinant de la part d'un catholique qui tient à conserver  au catholicisme l'intégrité de sa doctrine contre les méchants protestants comploteurs et infiltrés dans "le rite de Paul VI" ? L'horreur de l'hérésie ne serait-elle que l'horreur de soi-même ?

A force d'utiliser ses textes  pour pratiquer la chasse au stéréotype, cette personne va finir par croire que je lui en veux "personellement". Toutefois, je relève un certain nombre d'erreurs ... dans sa perception du catholicisme. J'ai souvent remarqué que ceux qui montrent le plus d'intolérance vis à vis à vis des autres religions, localement du protestantisme, sont les plus ignorants de la leur propre. "Bien chez soi, Bien chez les autres" disait Li M'ha Ong, mon philosophe chinois préféré, dans son "Traité des Semences et des Etoiles".

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"J'appelle "rebelle" qui est conduit, à cause d'une certaine santé, à relativiser les idées et automatismes produits en lui-même par la société. Sa mission est  de désigner l'absence. Ce n'est pas sa mission. : C'est sa nature." Jean Sullivan

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